Du 12 mars au 8 avril 2010 (dates à confirmer)
L’exposition Des instants entre parenthèses sera présentée à la Galerie Orange.
Vous pourrez y découvrir une sélection de mes oeuvres récentes, ainsi que celles de Sophie Privé.
Le vernissage de l’exposition aura lieu le vendredi 12 mars à 18h00. Bienvenue à tout le monde!
Mes recherches ont comme prémisse le paysage, qui recèle un dualisme intrinsèque. En effet, le mot “paysage” désigne simultanément l’étendue spatiale observée et sa représentation, la matière et l’idée. Ce constat en complexifie la lecture, mais lui confère une richesse poétique catalysante. Faire du paysage le sujet de mon travail en création provient ainsi d’un désir de réappropriation en art des lieux et des temps vécus. C’est dire que le voyage s’inscrit naturellement dans mon parcours, les dérives, mais aussi la promenade ou encore la randonnée se définissent alors comme des moments privilégiés pour initier la création.
Le trait commun de mes oeuvres est une référence au modèle cartographique, qui s’avère effective par une concordance des gestes opératoires requis – documenter, épurer, linéariser, colorer, légender – et par une conception de la représentation qui relève plutôt d’une fonction que d’une finalité. Comme le mentionne Christian Jacob dans son livre L’Empire des cartes, l’objet cartographique n’invite pas uniquement à la contemplation, mais aussi à une construction du regard. En cela, il est un outil référentiel qui convoque l’imaginaire vers la réédification du territoire. Ainsi, par la création artistique, je désire, non pas représenter une carte, mais bien faire carte; c’est-à-dire que l’œuvre invite les regardeurs vers le paysage référentiel ou encore vers une recomposition imaginaire de réalités géographiques. En ce sens, les oeuvres deviennent une matière première pour une nouvelle invention du paysage.
Cartographier le paysage implique un souci particulier quant à la détermination des éléments graphiques inscrits dans la représentation. En effet, la carte résulte d’une succession de retraits et d’effacements. De fait, mes oeuvres ne préservent que les éléments qui m’apparaissent essentiels à l’évocation du paysage référentiel. Elles se présentent comme une superposition de dessins linéaires, le plus souvent générés par l’ordinateur à partir d’un document photographique (provenant de mes propres randonnées). Le fait de générer ces dessins par l’ordinateur répond à un besoin d’objectivité et de précision similaire à celui rencontré pour l’édition de cartes officielles. La réalisation du dessin se fait toutefois de façon manuelle: j’arpente minutieusement – et linéairement – le tableau. Les réseaux linéaires proposent alors un trajet et une expérience visuelle : le regardeur se pose face à une œuvre de grande dimension et pourtant extrêmement minutieuse : des allers-retours s’imposent alors pour cerner l’ensemble et, simultanément, explorer les détails de l’œuvre, ses trajets. Quant aux formes colorées, juxtaposées ou superposées au tracé linéaire, elles constituent une composante essentielle du modèle cartographique, elles régissent la cohésion et l’équilibre de l’ensemble et elles permettent au regard de se fixer à travers les déambulations instaurées par la ligne. Ces formes fragmentent l’espace du dessin en ancrant les principales frontières linéaires; elles expriment une teinte et une texture prédominante de ce paysage, elles en qualifient mon souvenir. C’est donc sous l’autorité du dessin que la peinture s’inscrit étonnamment, structurant et stabilisant les nervosités et la fonction descriptive de la ligne.
